Au sein de l’ASMCC.France

 

Il y a des gens ainsi qui n’ont d’égal à leur gentillesse que leur modestie. Guy Henri est de ceux-là.
Il a consacré toute sa vie à former des chiens de sauvetage, à fondé et dirigé durant 22 ans l’Association Secouristes Maîtres-Chiens de Catastrophe (ASMCC). On pourrait écrire un livre sur lui (je le lui ai vivement conseillé d’ailleurs), mais ce n’est pas un forum dédié aux hommes, mais aux chiens !
Osslan, un des chiens de Guy Henri (un BA), est le chien le plus décoré de France. Il est intervenu avec son maître en Inde et en Algérie par exemple, et à le droit de défiler sur les Champs-Elysées. Guy Henri est à ma connaissance le seul au monde à avoir pratiqué la recherche de personne disparue avec chien sous terre, et à mené une mission à 100 mètres de profondeur durant 20 heures.
C’est dire si notre hôte est une référence en matière de sauvetage et de recherche sous décombres avec chien !

Le centre de formation de Sailly-Achatel qu’il a créé reproduit de manière très technique une zone de catastrophe et croyez-moi, le mot dangereux y prend tout son sens ! Nous avons eu, mon groupe de Recherche et Sauvetage Humanitaire et moi, l’immense honneur de faire le dernier week-end du centre…
En effet, la politique ne se préoccupe guère du niveau de reconnaissance international de ce genre d’endroit (unique en France), ni de la qualité des sauveteurs qui en sortent et le site fermera donc ces portes dans les prochains jours.
La formation de maître-chiens de recherche sous décombres s’articule toujours autours des mêmes axes. Déplacements seuls puis avec chiens sur décombres pour acquérir la dextérité nécessaire et le concept d’équipe, exercices de portage et de rappel avec et sans chiens, travail technique aux obstacles pour l’affranchissement et bien entendu, la recherche sur site de victime.
Ma jeune Bella y faisait un peu son baptême du feu, mais vu son jeune âge et son niveau de dextérité elle n’a fait aucun exercices de sauts ou trop dangereux à mes yeux. Elle commence par contre à se déplacer facilement sur ce genre d’endroit peu commun.

Je vous invite donc à suivre quelques moments de notre travail que je commenterai pour vous aider à comprendre le but ou le sens de ce que vous voyez en photo.

Exercices de dextérité sur obstacles pour commencer. Il y a de nombreux obstacles qui tous servent à développer une capacité pour le chien de catastrophe. En effet, nos chiens doivent faire preuve d’autonomie et de débrouillardise pour chercher sans se blesser, et sans reculer devant la difficulté parfois extrême de la zone de recherche.
Sur cette photo par exemple une cage qui a un porte d’entrée avec charnière, retenue par un élastique, un battant au milieu et une porte de sortie. Un chien confirmé sait ouvrir une porte, même si elle résiste un peu, passe sous le battant et pousse la porte de sortie ! Bella en stage débutant se contentera du battant qui bascule sur son dos.

Même principe pour cet obstacle qui touche le chien pendant qu’il rampe dessous. Les chiens n’aiment pas ce genre de sensation et il faut travailler ce type de ramping régulièrement.

On demande beaucoup d’équilibre pour les chiens de décombres et de nombreux obstacles servent à le développer. On utilise un maximum de matériaux susceptibles d’être rencontrés. Ici un poteau de téléphone. Un classique, le génie les utilise souvent pour faire des passages au-dessus de zones. Toujours montrer le chemin et sécuriser un jeune chien.

La cage existe en de nombreuses variantes. Composées de claires-voies, que les chiens inhabitués n’aiment guère, elle peut être montée à des hauteurs différentes. Le chien voit sous ces pattes et doit pousser de nombreux obstacles qui gênent sa progression.

Il y en a encore bien d’autres, fixes ou mobiles, qui développent réflexes et agilité du chien. La mer de pneus est difficile à franchir car ça bouge ! Maître et chien font équipe pour la traverser. C’est une excellente base pour les chiots destinés aux décombres qui ne risquent pas de s’y blesser.

Avant de prétendre amener son chien sur décombre il faut savoir de quoi on parle. Pour vous faire une idée de la taille de certaine  zone du site cherchez-moi sur cette photo. Ici et de manière très réaliste on a recomposé un pont qui se serait effondré avec car et voitures dessus. On peut aller dans, dessous, dessus les véhicules (qui sont stabilisés et dépollués), et les décombres offrent de nombreuses caches. C’est un terrain d’entraînement qui offre des possibilités infinies. Cerise sur le gâteau vous trouverez sur les décombres de nombreuses carcasses d’animaux et des os à n’en plus finir ! Comme le dit Guy un chien de catastrophe cherche des hommes, pas des frigos ! Il y a dons d’innombrables tentations sur les zones pour tenter de distraire les chiens. Inutiles de dire que les chiens doivent être préparés à affronter ça aussi !

Etroit, rugueux, poussiéreux les caches sous bétons donnent vite une image réaliste de ce que vit une personne ensevelies. Même repérée par les chiens de catastrophe les victimes doivent souvent encore attendre des heures avant qu’on puisse les extraire de ces amas.

Bella a travaillée sa dextérité sur des zones nettement moins difficiles mais aucuns décombres n’est facile ou sans dangers. Au début on tient son chien à une longe de trois mètres non pour l’aider ou le tirer, mais pour établir un contact, un cordon ombilical qui rassure le jeune chien dans sa progression.

Sur des passages ou le chien se sent plus à l’aise on le libère pour lui laisser toute l’indépendance de choisir par ou il veut passer. Enfin on entraîne le chien à être devant son maître et à chercher !

Après toute séance de travail sur décombre on vérifie les coussinets de son chien et son état général. Les blessures sont fréquentes mais souvent superficielles. Vérifier son chien en intervention réelle est essentiel. L’infection est dangereuse en zone sinistrée. Sur la photo mon ami Eric et sa chienne HSHK de la Noire Alliance.
Enfin, comme si nous n’en avions pas vu assez, les exercices de rappel et de portage. Indispensable pour les équipes opérationnelles porter le chien seul ou sur son maître est vital. Les maîtres-chiens utilisent tout à la fois les techniques de rappel, d’escalade ou de spéléo trop longues à développer ici.
En rappel Guy Henri est pour le chien attaché en libre derrière son maître (moi je porte habituellement le chien devant entre mes jambes). Avec un bloqueur il a tout le loisir de vérifier son matériel ou d’agir sur lui ou le chien.

Ici ce n’est peut-être pas flagrant mais au lieu de descendre, je remonte ! Une technique à la force des jambes qui va me retenir de trop nourrir mon BA quand il faudra la traîner derrière ! Bella n’a pas encore assez d’expérience pour ce genre d’exercice.

Seul le maître décide que le chien est en place et qu’il juge l’attache et l’équipement sécurisé.

Elle a par contre passé l’épreuve du portage ! En portage on place le chien à plusieurs dans son sac de treuillage pour que l’opération dure le moins longtemps possible. On ne se met jamais devant la tête, sauf le maître si il est nécessaire de rassurer.

 

Dès que le chien est suspendu le maître vérifie une dernière fois que tout est ok et le chien décolle ! Bella n’est pas montée au-delà de huit mètres mais sur la photo ci-dessous à nouveau HSHK nettement plus haut. A l’entraînement on place sur la tour des membres de l’équipe qui parle calmement au chien pour le tranquilliser. Nous utilisons des poulies et des autobloquants pour éviter que les chiens ne tombent, cet exercice n’est pas à essayer sans formation !

 

Enfin la nuit, l’heure du debriefing et du barbequeue ! Nous sommes un groupe débutant, Guy Henry nous fera grâce d’un exercice de nuit. Après une soirée de théorie il nous laissera dormir à passé minuit, ensemble comme un groupe, côte à côte dans un vieux bus désaffecté.

Et le lendemain vous savez ce qu’on à fait ? On a recommencé !

Guy Henri est un homme exceptionnel. L’approcher vous donne envie de travailler et de sortir le meilleur de vous-même. J’ai un seul mot pour lui : Respect. 

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